Agrostratégie

« Les coopératives jouent un rôle clé dans les transitions agricoles », Florence Pradier, LCA

Cet article est référencé dans notre dossier :
Dossier : notre classement des 200 premiers négoces et coopératives en France


Si l’année 2023-2024 a été globalement correcte pour les coopératives, la situation s’annonce bien plus difficile pour 2024/2025, selon Florence Pradier, directrice de LCA. Les coopératives cherchent à renforcer leur compétitivité et à s’investir dans enjeux des transitions agricoles et de valorisation des nouvelles pratiques.

Florence Pradier, directrice de LCA - © LCA
Florence Pradier, directrice de LCA - © LCA

Comment qualifier l’année 2023-2024 pour les coopératives de collecte et approvisionnement ?

Les résultats financiers restent globalement corrects en raison de conditions de production satisfaisantes en 2023. Mais pour 2024/2025, la situation s’annonce bien plus difficile. Les conditions climatiques ont conduit à des récoltes historiquement basses, notamment dans le secteur des céréales, impactant les résultats de 2024/2025. Toutes les coopératives n’ont pas encore clôturé leurs comptes, mais de nombreux chiffres d’affaires devraient chuter.

Les coopératives polyvalentes pourront mieux absorber le choc de cette mauvaise année grâce à la diversité de leurs activités. En revanche, celles qui sont exclusivement céréalières subiront des pertes proportionnelles à la baisse des volumes collectés.

Il faut aussi noter que l’ensemble des coûts de production a augmenté du fait de l’inflation tandis que la valeur sur les marchés a chuté, et ce, en dépit de la baisse des volumes. En moyenne, environ 30 % des grains ne sont pas rentrés dans les silos.

Les perspectives pour les récoltes 2025 ne sont pas bonnes en raison des conditions climatiques de l’automne et de ce début d’année. À cela, il convient d’ajouter un contexte géopolitique très instable qui pèse sur toute la chaîne de valeur. Le cours des engrais fluctue en fonction des annonces Outre-Atlantique tandis que nos capacités d’exportation sont la cible d’une nouvelle guerre économique entre les continents. Cela remet en cause des modèles économiques qui, jusqu’ici, reposaient sur des volumes réguliers, des marchés lisibles et des coûts de production prévisibles. Ces grands équilibres n’existent plus, ce qui représente un véritable défi pour les coopératives.

Quelles stratégies mettre en place pour faire face à ces défis ?

Il y a un enjeu majeur de compétitivité. Pour y répondre, les coopératives se mobilisent en créant de nouvelles alliances, en coopérant ou en se consolidant. Par exemple, certaines coopératives choisissent de regrouper deux silos dans une même zone pour réduire les coûts de maintenance et de fonctionnement. La modernisation des infrastructures logistiques et de stockage est un autre levier clé. De nombreux silos sont anciens et nécessitent des investissements. C’est tout l’enjeu du plan « Infrastructures 2030 », actuellement en cours de construction avec les coopératives céréalières.

Qu’en est-il des transitions agricoles et de la valorisation des nouvelles pratiques ?

Les coopératives jouent un rôle clé dans les grandes transitions agricoles. Elles font le lien entre agriculture et consommation. Elles sont capables de partir d’un besoin : décarboner, et inciter les associés coopérateurs à s’inscrire dans ces démarches. Elles sont les seules à pouvoir déployer massivement les cahiers des charges, à deux conditions :

  • lever les freins législatifs imposés par la séparation de la vente et du conseil,
  • trouver une valeur sur les marchés pour compenser les coûts supportés par les agriculteurs dans la mise en œuvre des transitions.

Le marché du stockage de carbone est encore peu structuré, et ne rémunère pas les agriculteurs à la hauteur de leur investissement. Nous appelons à la mise en place d’un fonds de transition européen pour accélérer la décarbonation.

Concepts clés et définitions : #Coopératives