Agrostratégie

Enquête : aléas climatiques, marchés instables… comment les distributeurs réagissent ?

Cet article est référencé dans notre dossier :
Dossier : notre classement des 200 premiers négoces et coopératives en France


Plus d’une cinquantaine de structures ont répondu à notre questionnaire concernant les facteurs d’évolution de l’approvisionnement et de la collecte pour les prochaines campagnes, ainsi que les défis auxquels les coopératives et les négoces agricoles devront faire face. Les aléas climatiques et les tensions internationales figurent parmi les préoccupations majeures. Les solutions passeront par les hommes, avec des formations et du recrutement.

Enquête : aléas climatiques, marchés instables… comment les distributeurs réagissent ?
Enquête : aléas climatiques, marchés instables… comment les distributeurs réagissent ?

Notre questionnaire mené auprès des coopératives et des négoces met en lumière que les enjeux climatiques et géopolitiques continuent de jouer un rôle majeur dans l’évolution de l’approvisionnement et de la collecte.

Concernant l’approvisionnement, bien que la suppression des molécules phytosanitaires demeure la principale préoccupation, les enjeux climatiques et l’inflation prennent de plus en plus d’ampleur. La dérégulation du marché des phytosanitaires, entraînant une dévalorisation du secteur, ainsi que l’essor de l’intelligence artificielle et du digital, figurent désormais parmi les facteurs susceptibles d’influencer l’approvisionnement. Les attentes sociétales, les difficultés de recrutement, ainsi que la vente en ligne restent également des points fréquemment évoqués.

Les facteurs d’évolution de l’appro - © Agro Matin
Les facteurs d’évolution de l’appro - © Agro Matin

En ce qui concerne la collecte, les aléas climatiques demeurent la première préoccupation, suivis des tensions internationales, de la qualité de la récolte et de la volatilité des marchés. Les coûts de l’énergie, la logistique et la réglementation figurent également parmi les principaux points de vigilance. L’adaptation des outils de collecte et la compétitivité des blés français émergent comme de nouvelles préoccupations à prendre en compte.

Les facteurs d’évolution de la collecte - © Agro Matin
Les facteurs d’évolution de la collecte - © Agro Matin

L’investissement dans la formation

Parmi les défis, le changement climatique arrive très largement en première position des réponses, loin devant l’accompagnement des agriculteurs et l’éventuelle fin de la séparation de la vente et du conseil. Face à cela, les distributeurs ont choisi d’abord d’investir dans la formation de leurs collaborateurs. Le recrutement arrive en deuxième position devant, l’expérimentation de changement de pratiques.

Témoignages

Certains distributeurs ont partagé avec nous les défis auxquels ils font face et les stratégies qu’ils comptent mettre en place pour y répondre.

Euralis

« Le défi majeur est sans doute l’adaptation de l’agriculture et des pratiques culturales au réchauffement climatique et aux aléas de la météo de façon plus générale. En tant que coopérative, notre mission perdure : développer le revenu de nos adhérents, développer des filières durables avec nos clients à l’aval, pour contribuer à la résilience des exploitations de notre territoire. Les coopératives ont également un rôle majeur à jouer dans la décarbonation du secteur agricole, en accompagnant les innovations, expérimentant des solutions plus durables et en construisant les solutions technico-économiques viables avec tous les partenaires de l’aval à l’amont et du territoire.

Le volet formation des techniciens de terrain est un défi majeur pour Euralis. Mais il s’intègre dans la continuité d’une politique de montée en compétences des équipes. Nous renforçons également l’investissement dans l’expérimentation de nouvelles cultures et de nouveaux modèles de productions en réponse aux enjeux de transition agroécologique, ainsi que dans le travail collaboratif avec des partenaires pour développer de nouveaux débouchés ou nouvelles cultures, sources de valeur pour nos coopérateurs. »

Maïsadour

« Le défi pour nous est d’accompagner le changement de pratiques agricoles vers une agriculture durable et résiliente, poursuivre la création de valeur sur les filières déjà construites, rechercher de nouveaux marchés à valeur ajoutée, en travaillant de nouvelles filières, optimiser nos charges. »

CAL Lorraine

« Le défi : savoir répondre aux besoins et exigences des consommateurs ! Le marché inflationniste a considérablement réduit le pouvoir d’achat des consommateurs. Les distributeurs doivent donc veiller à maintenir au maximum leurs prix tout en continuant d’innover pour répondre aux nouveaux besoins du marché. De la même façon, les consommateurs sont de plus en plus exigeants et amènent les distributeurs à proposer une qualité de services irréprochable. »

EMC2

« Nous devons réussir l’adaptation aux attentes des agriculteurs de nos territoires, en termes de conseil, d’offres, de modalités logistiques ; ces demandes étant toujours plus variées. Tout n’est pas écrit à cette heure ! Il faudra s’adapter. Le premier défi, ce sont les femmes et les hommes qui portent le service à nos agriculteurs, et donc la fonction RH. Ensuite, il convient de trouver le meilleur compromis « service/coût » pour nos agriculteurs. Tous les moyens qui permettent d’y parvenir (investissements, innovation, nouvelles pratiques, alliances…) seront mobilisés. »

Lorca

« Le marché évolue rapidement et les défis sont nombreux. Parmi les plus marquants :

  • La volatilité des marchés et la pression sur les marges : la hausse des coûts des intrants, de l’énergie et des matières premières fragilise l’équilibre économique des exploitations agricoles et des distributeurs.
  • Les évolutions réglementaires et environnementales : la réduction des intrants chimiques, les restrictions sur certaines molécules et le renforcement des normes environnementales imposent une adaptation rapide de nos modèles.
  • La transformation des attentes des agriculteurs : ils recherchent davantage de conseil technique, des solutions innovantes et des approvisionnements flexibles, tout en intégrant des exigences de durabilité et de rentabilité.

Pour répondre à ces défis, nous mettons en place plusieurs leviers stratégiques :

  • Investissement dans le digital et la data : accélération de la digitalisation de nos services pour proposer des solutions plus précises et réactives aux agriculteurs (outils d’aide à la décision, plateformes d’échange, e-commerce).
  • Renforcement du conseil et de l’accompagnement : développement de nouvelles expertises agronomiques et environnementales pour répondre aux exigences réglementaires et aux attentes des exploitants.
  • Optimisation logistique et achats groupés : pour sécuriser les approvisionnements et maîtriser les coûts dans un contexte de marché instable.
  • Formation et recrutement : renforcement des compétences internes et intégration de profils spécialisés en agroécologie et en digitalisation des exploitations. »